Lorenzo Gatti und seine täglichen Skizzen aus der Iso­la­ti­on

Aufruf an die Künstler

Lorenzo Gatti | Corona Diary Sketches 21/04/2020 | Permanentmarker auf Folie und Bleistift auf zerknittertem Papier

Ich denke, dass das folgende Zitat aus L'épuisé von Gilles Deleuze dem nahe kommt, was ich im Moment mache:

L’énergie de l’image est dissipative. L’image finit vite et se dissipe, parce qu’elle est elle-même  le moyen d’en finir. Elle capte tout le possible pour le faire sauter. Quand on dit « j’ai fait l’image », c’est que cette fois c’est fini, il n’y a plus de possible. La seule incertitude qui nous fasse continuer, c’est que même les peintres, même les musiciens ne sont jamais sûrs d’avoir réussi à faire l’image. Quel grand peintre ne s’est pas dit en mourant qu’il avait manqué de faire une seule image, même petite et toute simple ? Alors c’est plutôt la fin, la fin de toute possibilité, qui nous apprend que nous l’avions faite, que nous venions de faire l’image. Et il en est de même pour l’espace : si l’image par nature a une durée très petite, l’espace a peut-être un lieu très restreint, aussi restreint que celui qui serre Winnie, au sens où Winnie dira « la terre est juste », et Godard « juste une image ». L’espace se contracte en un « trou d’épingle », comme l’image en un micro-temps : un même noir, « enfin ce certain noir que seule peut certaine cendre » ; « Bing silence Hop achevé » (*).

Il y a donc quatre façons d’épuiser le possible :

  • former des séries exhaustives de choses,
  • tarir le flux des voix
  • exténuer les potentialités de l’espace,
  • dissiper la puissance de l’image.

L’épuisé, c’est l’exhaustif, c’est le tari, c’est l’exténué et c’est le dissipé.

(*) Pour en finir encore, p.16 ; et Bing (Têtes-mortes, p.66) de Samuel Beckett

Lorenzo Gatti | 22 04 2020